Dans les deux premières parties de cette série, nous avons vu que l’IA peut être un formidable outil de préparation. Elle peut aider à clarifier des pensées, structurer une première réflexion, préparer des questions, tester des arguments et entrer dans une conversation de coaching avec davantage de matière.
Nous avons aussi vu ses limites : une réponse rapide n’est pas toujours une bonne réponse, et une réponse bien formulée ne suffit pas si la vraie question n’a pas encore été posée.
La question de la confiance
Il reste une troisième dimension, peut-être la plus importante : la confiance.
Lorsque nous parlons de carrière, nous ne partageons pas seulement des informations. Nous partageons une partie de notre identité professionnelle.
La recherche pointe d’ailleurs cette distinction. Une comparaison randomisée contrôlée publiée en 2022 a montré que le coaching humain et le coaching par IA amélioraient tous deux l’atteinte des objectifs par rapport aux groupes de contrôle, ce qui indique que le coaching par IA peut être efficace pour des progrès structurés sur des objectifs définis.
Mais cela ne signifie pas que l’IA peut remplacer toute la dimension relationnelle, contextuelle et éthique du coaching professionnel.
The Conference Board arrive à une conclusion similaire : l’IA est efficace pour les fonctions de coaching routinières, mais l’expertise humaine reste essentielle pour les discussions émotionnellement chargées, politiques ou liées aux valeurs.
La question de la confidentialité
Lorsque des professionnels partagent des informations salariales, des tensions au travail, des préoccupations de performance, des signaux d’épuisement, des doutes sur leur avenir ou des informations sensibles concernant leur employeur, ils ne partagent pas de simples données neutres.
Ils partagent une partie de leur réalité professionnelle, parfois une partie de leur vulnérabilité.
Cela soulève de vraies questions de protection des données, de sécurité et de confidentialité. En Europe et en Suisse, ces questions ne peuvent pas être traitées à la légère. Les outils d’IA grand public ne sont pas toujours suffisamment transparents pour des sujets sensibles liés à la carrière ou au travail.
La conservation des données, l’entraînement des modèles, le traitement transfrontalier et la confidentialité ne sont pas des détails secondaires lorsqu’une personne parle d’un conflit, d’une démission, d’un licenciement, d’un burn-out ou d’une stratégie salariale.
La question des biais
Les systèmes d’IA sont entraînés sur des données existantes. Et les données existantes reflètent des inégalités existantes. Cela compte dans le recrutement, le coaching, le conseil de carrière, la négociation salariale, l’évaluation du potentiel de leadership, la perception de l’âge, la représentation de genre et l’employabilité.
Une recherche récente publiée dans Nature a montré que lorsque ChatGPT générait des CV, il présentait les femmes comme plus jeunes et moins expérimentées, et évaluait plus favorablement les candidats masculins plus âgés, même à partir d’informations équivalentes. Stanford, Berkeley et l’Université de Californie ont également relayé ces résultats comme preuve d’une distorsion âge-genre dans les productions générées par l’IA.
Ces résultats sont importants pour le coaching de carrière.
Si un outil reproduit des présupposés biaisés sur qui paraît « senior », qui semble « confiant », qui a l’air d’avoir du « potentiel de leadership », qui devrait négocier de manière plus assertive ou qui est perçu comme plus employable, il peut renforcer précisément les barrières que le coaching de carrière devrait aider à dépasser.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la responsabilité humaine reste centrale.
Un coach éthique peut être questionné. Un coach peut expliquer le raisonnement derrière ses conseils. Un coach travaille dans le cadre d’une relation professionnelle, avec confidentialité, consentement éclairé, limites et responsabilité.
Le Code d’éthique 2025 de l’International Coaching Federation inclut des obligations liées à la confidentialité et aux systèmes technologiques, y compris l’intelligence artificielle. Il demande également aux professionnels de maintenir une stricte confidentialité et d’agir de manière responsable à travers les outils et systèmes qu’ils utilisent.
Cette distinction est importante.
Le coaching de carrière comme relation professionnelle
Le coaching de carrière n’est pas simplement de la génération de contenu. C’est une relation professionnelle.
Chez Jobprofile, nous voyons le coaching comme un processus structuré, confidentiel et centré sur l’humain. L’objectif n’est pas de fournir des slogans motivationnels ou des réponses prêtes à l’emploi. Il est d’aider les personnes à retrouver de la clarté, renforcer leur positionnement, prendre de meilleures décisions et agir avec confiance dans le marché réel.
Cela demande plusieurs niveaux de travail.
D’abord, nous clarifions le véritable objectif. Qu’est-ce que la personne cherche à accomplir ? Un nouveau rôle ? Une promotion ? Une transition ? Un meilleur alignement ? Une marque personnelle plus forte ? Une sortie d’un environnement toxique ? Un sens renouvelé dans son parcours professionnel ?
Ensuite, nous analysons le contexte professionnel. Que se passe-t-il dans l’entreprise, sur le marché et dans le positionnement de la personne ? Qu’est-ce qui est visible pour les employeurs ? Qu’est-ce qui manque ? Qu’est-ce qui est crédible ? Qu’est-ce qui doit être renforcé ?
Puis nous travaillons sur l’exécution. Cela peut inclure le positionnement du CV, la stratégie LinkedIn, la préparation aux entretiens, la discussion salariale, le networking, le ciblage du marché, la communication de leadership ou la préparation de conversations internes.
Enfin, nous construisons la responsabilisation dans l’action. Car la prise de conscience seule transforme rarement une carrière. Le progrès vient de l’action répétée, du feedback, de l’ajustement et du courage d’avancer.
C’est là que le coaching humain a un avantage clair.
Un chatbot peut donner une liste d’actions.
Un coach aide à comprendre quelles actions comptent vraiment, pourquoi certaines sont évitées, comment les exécuter correctement et comment les ajuster lorsque le marché répond.
L’IA comme assistant puissant
Cela ne signifie pas que l’IA n’a pas sa place dans le développement de carrière. Bien au contraire.
Bien utilisée, l’IA est un assistant puissant. Elle peut aider à rédiger, organiser, simuler, comparer et préparer. Elle peut accélérer la réflexion et rendre l’accompagnement de carrière plus accessible. Elle peut aider les professionnels à entrer dans un processus de coaching avec davantage de clarté.
Mais l’IA ne doit pas devenir l’autorité.
L’approche la plus efficace est hybride : utiliser l’IA comme un miroir intelligent, mais s’appuyer sur l’expertise humaine pour le jugement, le contexte, l’éthique et la transformation.
C’est particulièrement vrai dans le marché du travail actuel. L’employabilité ne consiste plus seulement à avoir de l’expérience. Elle repose sur la capacité à lire le marché, à se positionner clairement, à rester adaptable, à communiquer sa valeur, à développer les bonnes compétences et à prendre des décisions avant que la pression ne devienne une crise.
La technologie peut soutenir ce processus. Mais elle ne peut pas remplacer le travail humain nécessaire pour reconstruire la confiance, comprendre son identité professionnelle, naviguer dans l’ambiguïté et faire des choix cohérents avec la personne comme avec le marché.
Ce qu’il faut retenir
- L’IA peut aider les professionnels à poser de meilleures questions.
- Le coaching humain les aide à prendre de meilleures décisions.
- L’IA peut structurer une première réponse.
- Le coaching humain vérifie si cette réponse est réaliste, éthique, alignée et exécutable.
- L’IA peut éclairer des possibilités.
- Le partenariat humain aide à transformer ces possibilités en mouvement.
L’avantage futur n’appartiendra pas aux professionnels qui courent après chaque nouvel outil d’IA. Il appartiendra à ceux qui savent penser clairement, poser de meilleures questions, utiliser la technologie de manière sélective et s’entourer de la bonne intelligence humaine lorsque les décisions ont de vraies conséquences.
L’avenir du coaching de carrière n’est pas une compétition entre l’humain et la machine. C’est une question d’usage intelligent.
Les professionnels qui apprendront à combiner les outils technologiques avec un accompagnement humain de confiance auront un véritable avantage. Ils avanceront plus vite, mais aussi avec plus de discernement. Ils gagneront en clarté, mais aussi en jugement. Ils utiliseront les données, sans se perdre dans l’automatisation.
Conclusion
Chez Jobprofile, c’est l’équilibre auquel nous croyons : technologiquement informé, fondamentalement humain.
Parce qu’une carrière n’est pas un algorithme à optimiser. C’est un parcours professionnel à comprendre, à façonner et à conduire avec intention.
Si vous avez déjà demandé à une IA, tard le soir, si vous deviez changer de poste, négocier votre salaire, quitter votre entreprise ou redéfinir votre trajectoire professionnelle, vous n’êtes pas seul.
Cela peut même être une première étape utile. Mais lorsque la question devient importante, personnelle, stratégique ou émotionnellement chargée, ne la laissez pas uniquement à une machine.
Votre carrière mérite plus qu’une réponse générée. Elle mérite une conversation de confiance, une stratégie claire et un partenaire humain capable de vous aider à avancer avec discernement et confiance.