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Pourquoi l’IA peut devenir un premier miroir puissant

Au cours des derniers mois, plusieurs échanges avec des clients m’ont amené à réfléchir plus profondément à la manière dont l’intelligence artificielle transforme la façon dont les professionnels pensent leur carrière.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes que je rencontre ont déjà parlé à un chatbot d’IA avant de parler à un coach.

Elles l’ont utilisé pour essayer de comprendre une situation difficile au travail, préparer une discussion salariale, analyser un conflit avec un collègue, explorer une réorientation professionnelle, comprendre une perte de motivation ou simplement mettre des mots sur un sentiment croissant de fatigue, de doute ou de désalignement.

Certaines ont même comparé les réponses générées par l’IA avec ce qui émergeait pendant nos séances de coaching. Non pas dans une logique de provocation, mais avec une vraie curiosité. Qu’est-ce que l’IA fait bien ? Où atteint-elle ses limites ? Qu’est-ce qui change lorsqu’une vraie personne est présente dans la conversation ?

Ces échanges ont été sincères, parfois vulnérables, et très révélateurs. Ils montrent quelque chose d’important : les professionnels ne rejettent pas l’accompagnement humain. Ils cherchent à comprendre où la technologie aide, où elle rassure, et où elle ne peut pas aller suffisamment loin.

Ce n’est pas une question théorique. Elle touche au cœur du développement de carrière dans un marché du travail en pleine transformation. En Suisse comme en Europe, les professionnels sont sous pression : ils doivent s’adapter plus vite, rester employables, faire de meilleurs choix et naviguer dans des réalités organisationnelles de plus en plus complexes.

L’IA offre une aide immédiate. Mais l’immédiateté n’est pas la profondeur.

L’attrait de l’IA est facile à comprendre

Elle est disponible à tout moment. Elle ne juge pas. Elle structure rapidement les idées. Elle peut générer un script de négociation salariale, une liste de compétences transférables, un plan de requalification, une trame pour une conversation difficile ou une première version de CV en quelques secondes.

Pour beaucoup de personnes, c’est utile. Parfois très utile.

Une étude récente de The Conference Board a montré que l’IA peut assurer jusqu’à 90 % des fonctions de coaching du quotidien, notamment autour de la structuration, des jeux de rôle, de la fixation d’objectifs, du feedback et des prochaines étapes. La même recherche indique que 96 % des personnes interrogées estimaient que les réponses de l’IA étaient adaptées à leurs objectifs ou à leur contexte, tandis que 89 % déclaraient que la séance avait généré des prochaines étapes spécifiques et utiles.

Cela confirme ce que j’observe dans la pratique. Une personne qui se sent bloquée à 23 heures peut poser une question sans attendre un rendez-vous. Quelqu’un qui a peur de parler ouvertement d’épuisement, de frustration, de manque de reconnaissance ou de doute professionnel peut d’abord tester ses pensées en privé. Une personne qui prépare un entretien peut s’entraîner, affiner ses arguments et organiser ses idées.

Dans ce sens, l’IA peut agir comme un premier miroir. Elle aide à passer de la confusion à une première structure. Elle donne un langage à des pensées encore dispersées. Elle peut réduire la barrière d’entrée vers la réflexion.

L’IA comme outil de formulation

Je le vois régulièrement. Des clients arrivent mieux préparés parce qu’ils ont déjà exploré certaines questions avec l’IA. Ils ont identifié des options possibles. Ils ont rédigé des arguments. Ils ont clarifié une partie du problème.

Un client l’a illustré de manière très concrète.

Avant chaque séance, il demandait à Claude de l’aider à réfléchir au sujet que nous allions aborder ensemble. Parfois, il allait même jusqu’à demander : « Qu’est-ce que tu penses que Leslie, mon coach, me dirait à ce sujet ? »

Pour lui, il ne s’agissait pas de remplacer la conversation de coaching. C’était une manière d’arriver mieux préparé. Il avait le sentiment d’amener plus de matière en séance : plus de questions, plus d’hypothèses, plus d’angles à tester.

Cela nous permettait aussi de comparer la perspective générée par l’IA avec la perspective issue du coaching humain, non pas comme une compétition, mais comme une confrontation constructive.

C’est devenu intéressant parce que le vrai travail se faisait dans le débriefing. Ensemble, nous pouvions examiner ce qui était utile, ce qui restait trop générique, ce qui manquait, et ce qui devait être challengé.

Conclusion

L’IA l’a aidé à formuler.

La séance de coaching l’a aidé à interpréter, hiérarchiser et décider.

C’est peut-être l’un des usages les plus prometteurs de l’IA dans le coaching de carrière : non pas comme substitut à l’accompagnement humain, mais comme outil de préparation capable de rendre la conversation avec le coach plus riche, plus précise et plus utile.

C’est un progrès.

Mais ce n’est pas tout le processus.

Et c’est ici que commence la vraie question : à quel moment l’IA cesse-t-elle d’être suffisamment utile, et à quel moment le discernement humain devient-il indispensable ?

Dans la deuxième partie de cette série, j’explorerai pourquoi le vrai risque n’est pas d’utiliser l’IA, mais de l’utiliser sans discernement, et pourquoi de meilleures réponses ne suffisent pas si l’on ne pose pas les bonnes questions.

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